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L’affaire Fillon et le rôle du parlementaire français (vidéo)

Les frasques de François Fillon ont au moins le mérite de nous faire s’interroger sur le rôle du parlementaire.

Le parlementaire est membre d’une assemblée qui assure la représentation du peuple, et donc de l’intérêt général, dans une démocratie. Détenteur du pouvoir législatif, il est principalement chargé de délibérer, de voter les lois et le budget, ainsi que de contrôler l’action du gouvernement. De fait, un régime parlementaire, établissant la responsabilité politique des gouvernants devant les représentants du peuple, est souvent considéré comme étant le meilleur moyen pour exprimer la volonté des citoyens. Pourtant, les parlementaires semblent s’être détournés de cet objectif pour vaquer à des intérêts plus personnels.

Les différentes affaires dont Fillon est le sujet ont secoué les pré-élections. Pourtant, sur le plan juridique, l’utilisation des enveloppes parlementaires est parfaitement libre : le choix des collaborateurs se fait à la discrétion du parlementaire, et il peut leur faire faire ce qu’il souhaite.

Néanmoins, si ce n’est pas un problème juridique, c’est assurément un problème moral : de l’argent public est versé à des gens qui ont un compte bancaire en commun avec l’intéressé. Cela revient à ce qu’il se verse lui-même cet argent, alors que ce dernier devrait être employé à un travail parlementaire, et donc à un travail pour l’intérêt général. C’est là que le bât blesse.

Mais au-delà, cette affaire interroge le rôle du parlementaire en France, et il semblerait bel et bien que le contrat social entre le citoyen et le parlementaire soit défectueux. Les permanences parlementaires hebdomadaires en sont l’illustration. En effet, celles-ci sont consacrées à la résolution de problèmes personnels : l’élu s’occupe du dossier de son administré, et devient ainsi une sorte d’assistante sociale de très haut niveau. Mais en aucun cas cela concourt à l’intérêt général !

La somme des intérêts personnels n’est pas l’intérêt général. Et le parlementaire passant son mandat, voire sa vie, à rendre des services personnels, il est donc « naturel » qu’au bout d’un moment, il considère qu’il soit normal de se servir aussi… alors qu’il devrait s’occuper à la régulation, à l’invention de nouvelles règles.

Et l’on pourrait embrayer sur un autre grand sujet : que deviennent les héritiers, les descendants des parlementaires ? Et bien, sans surprise, ils deviennent parlementaires à leur tour. Obtenir l’investiture d’un parti est une chose ardue, sauf si l’on est parrainé. Les descendants des parlementaires sont donc nettement privilégiés pour reprendre le flambeau, et on trouve ainsi des circonscriptions que l’on pourrait qualifier de « familiale » ou « héréditaire ». Encore une fois, ce phénomène ne suscite pas de problème légal à proprement parler : mais c’est donc bien l’ensemble de notre système politique qui ne satisfait pas des exigences morales.

Comment construire une démocratie adulte ? (vidéo)

Une nouvelle gouvernance pour une nouvelle démocratie !

Les acteurs politiques, afin d’impliquer davantage le citoyen, doivent recourir à de nouveaux mécanismes de gouvernance et prendre des engagements audacieux.

Afin d’instaurer une démocratie citoyenne, qui renforce l’implication du citoyen dans la cité, il est nécessaire d’installer un étage supplémentaire dans le système politique.

Aujourd’hui, pour que chaque français soit responsable de toute la France, les candidats aux élections présidentielles et législatives doivent prendre deux engagements formels :

  1. Le mandat unique
    • Afin de se consacrer pleinement au mandat en cours : impossibilité de cumuler les mandats ni même de renouveler immédiatement son mandat.
  2. Le débat public
    • Afin d’en finir avec la permanence parlementaire où les députés traitent les intérêts particuliers et se comportent en « assistantes sociales » : mise en place d’une démarche de réflexion collective systématique. En préparation de l’ordre du jour du Parlement, organiser un débat public hebdomadaire avec l’ensemble des acteurs de la circonscription, sans aucune distinction politique, sociale ni économique.
    • La méthode pour conduire et organiser ce débat consiste en un travail préparatoire, une distribution équitable de la parole selon le socioprofil des participants, et à tendre vers des propositions collectives et transparentes. La méthode est exposée plus en détail ici, ainsi que dans le cahier des charges contenu dans les rapports L’état social.
    • Un autre corollaire au débat public est de rendre le citoyen acteur, de lui donner envie et de l’impliquer dans la vie de la cité : nous y répondons avec le CV citoyen qui a fait l’objet de l’amendement Odis.