Macron et la figure christique française (vidéo)

Amalgamer pouvoir temporel et spirituel est une spécificité française

La complaisance donc bénéficiait Emmanuel Macron avant même qu’il ait présenté son programme pour les élections présidentielles est révélatrice d’un trait particulier de l’esprit français : pour faire de la politique en France, avoir une posture christique suffit.

Cela s’explique par le fait que depuis Pépin le Bref, père de Charlemagne, qui fût le premier roi français à se faire sacrer, il existe une confusion entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. La distinction est nécessaire parce que quand on décide, il n’est pas possible de prendre une décision qui produit un bien immédiat à tout le monde. Chaque décision comporte une difficulté pour une partie du corps social. En cela, le pouvoir temporel, le roi, a besoin d’un acteur à côté, représentant du pouvoir spirituel, qui dise si la décision est bonne ou mauvaise, juste ou injuste. Or en France, le roi est sacré, les deux pouvoirs ont donc fusionné. Cette sacralisation du chef d’État l’autorise à dire : « je sais ce qui est bien ».

Notre Vème constitution a été écrite de manière à fonctionner de la manière suivante : le président est le représentant de la République française, l’incarnation de l’État et le diplomate suprême. Son rôle est comparable à celui du président d’une société, nommé par l’assemblée générale. Quant au Premier Ministre, c’est lui véritablement le chef de l’action gouvernementale, le leader de l’exécutif, à l’image du directeur général d’une entreprise. Mais dans les faits, à l’instar de la plupart des entreprises maintenant, le président se comporte comme le PDG. Par exemple, la réunion hebdomadaire ministérielle se déroule à l’Élysée, et non à Matignon, et c’est le président, par pouvoir partagé, qui nomme et révoque les ministres.

Que le président ait le rôle de décideur principal couplé au pouvoir spirituel est d’une certaine manière, inévitable dans une république laïque. La laïcité induit une posture intégriste qui exclut de l’espace public les religions. Or, Dieu est nécessaire dans la mesure où il apporte une grille de lecture des faits et des idées, et donc accélère et facilite le vivre-ensemble. Ce pouvoir spirituel qui dit le juste, c’est le chef de l’État qui l’assume. Le candidat présidentiel est le candidat à être « chef du juste ». Et cette posture christique place ce dernier seul et exposé face au corps social. Portant des attentes démesurées pour un seul homme, le corps social est déçu, désabusé, et fait alors la révolution.