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Pourquoi Le Pen et Macron seront au second tour des présidentielles 2017 (vidéo)

Dans la version 2017 du système politique, ce ne sont plus les appareils des grands partis qui adoubent leur champion. Avec les primaires, les apparatchiks n’ont pas été en situation de filtrer : les bases électorales l’ont emporté sur les éléphants. Dans cette nouvelle donne, la source du potentiel de succès final des candidats est transformée. Plus que les jeux d’acteurs internes chez les deux grands, c’est l’ensemble de la société qu’il faut désormais regarder.

Une élection en deux tours se gagne au centre du collège électoral concerné. La lecture des équations politiques personnelles est modifiée du fait de la désignation des candidats par des primaires plutôt que par une instance dirigeante fermée et donc contrôlable : ce n’est plus la capacité à réaliser le plus grand écart entre les têtes des courants internes, dont la représentativité s’efface derrière les personnalités et les alliances, mais le positionnement transparent central à l’ensemble du parti. Les primaires des deux grands partis PS et LR ont donc vu l’emporter des positions plutôt centrales à leurs propres courants internes : leurs candidats retenus se trouvent donc décentrés sur l’échiquier politique général. Ce qui laisse l’avenue centrale grande ouverte. Peuvent s’en saisir ceux qui maîtrisent leur propre parti – ce qui ne constitue pas un label de démocratie….- au point de se positionner au mieux sur l’échiquier qui régit depuis deux siècles la politique dans les pays industrialisés : Lien social / Performance.

Les rapports L’état social du monde, de l’Europe et de la France ont établi un classement des territoires en termes de lien social et de performance. Pourquoi ces deux dimensions ? Depuis la révolution industrielle, il existe un clivage entre une pensée libérale et une pensée socialiste, entre Capital et Travail. Pour la première, la performance est plus importante que le lien social, tandis que la seconde privilégie le lien social au détriment de la performance. A l’instar des territoires, nous pouvons positionner les différents candidats selon ces deux critères. Côté lien social, nous retrouvons Jean-Luc Mélenchon, qui veut limiter les revenus à 400 000€, ce qui ne pousse pas à la surperformance ; et Benoit Hamon, qui défend l’idée d’un revenu universel, sans critères discriminants et donc sans compétences, efforts ni réussite avérée aucune. A l’opposé, François Fillon vise quant à lui plutôt la performance de l’État, au risque de déstabiliser le lien social, par exemple en ne renouvelant pas 500 000 postes de fonctionnaires sans concertation.

Dans l’entre-deux, se situent Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Le Pen, car elle voudrait limiter le lien social aux seuls nationaux : elle s’écarte du lien social ouvert à tous sans pour autant chercher la performance – c’est en ce sens que l’on peut parler de « socialisme national ». Macron, parce qu’il ne donne le primat ni au lien social, ni à la performance, sans pour autant poser les conditions d’une double dynamique – proche de la position de Juppé avant qu’il ne se retire de la course présidentielle.

Or, Le Pen et Macron sont en tête des intentions de vote dans les sondages. Il s’avère donc que se positionner par trop dans le lien social ou la performance engendre un risque de décrochage électoral. Ainsi, le vrai problème du candidat Fillon ne réside pas tant l’affaire Pénélope, que dans un programme décalé par rapport à l’équilibre Lien social / Performance.

Cependant, sortir de la rupture idéologique libéral / social de l’ère industrielle recèle la difficulté conséquente de la méthode de pilotage de la réforme : comment l’élu(e) mettra t’il/elle en œuvre ses propositions, quel que soient leurs niveaux de pertinence ? Annoncer une nouvelle équipe ne saurait suffire… annoncer une nouvelle méthode sans dire laquelle non plus…!